Ilyass BM
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Comment j'ai arrêté de gérer ma to-do à la main

Comment j'ai arrêté de gérer ma to-do à la main

Comment j'ai arrêté de gérer ma to-do à la main

Tu passes vingt minutes le matin à réorganiser des cases que tu ne cocheras pas.

Tu déplaces une tâche de lundi à mardi. Puis de mardi à mercredi. Elle finit dans une section "plus tard" que tu ne rouvriras jamais. Le dimanche soir, tu la remets à lundi. Tu appelles ça de la planification. C'est de la procrastination masquée.

J'ai fait ça pendant des années.


Le piège de l'optimisation manuelle

Mars 2024. J'utilisais Notion. J'avais construit un système avec des vues, des filtres, des relations entre bases. C'était magnifique. J'avais passé trois week-ends dessus. Mes tâches avaient des priorités, des tags, des échéances, des contextes.

Le problème : je passais plus de temps à maintenir le système qu'à exécuter les tâches.

Une étude de Gloria Mark, chercheuse à l'Université de Californie, montre que la commutation entre outils et contextes coûte en moyenne 23 minutes de concentration par interruption. Quand tu ouvres ton gestionnaire de tâches pour "juste vérifier", tu paies ce prix. Multiplie par douze par jour. Tu perds quatre heures de cerveau disponible sans t'en rendre compte.

Mon système Notion était une interruption permanente. Je l'ouvrais pour noter quelque chose. Je repartais vingt minutes plus tard après avoir réorganisé toute ma semaine sans rien faire de concret.

Le bug dans ton système : ce n'est pas que tu as trop de tâches. C'est que chaque tâche exige de toi une décision sur quand, comment, dans quel ordre. Et les décisions, ça s'épuise.


Ce que j'ai vraiment voulu automatiser

Je ne voulais pas un meilleur outil.

Je voulais ne plus avoir à me demander quoi faire à chaque instant.

Avril 2024. J'ai commencé à écrire des règles simples. Pas des automatisations complexes. Des règles de priorité. Si quelqu'un m'envoie un email avec le mot "urgent", il arrive dans un canal spécifique. Si une tâche traîne depuis plus de trois jours, elle remonte seule. Si je n'ai pas écrit aujourd'hui, une alerte s'affiche à 20h.

Ce n'était pas de l'IA. C'était de la logique conditionnelle basique. Des si-alors écrits dans un fichier texte.

Le premier effet : j'ai arrêté de décider. Les décisions étaient prises avant que je me réveille. Je n'ouvrais plus un outil pour "voir ce qui me reste". Je savais déjà ce qui comptait aujourd'hui. Parce que le système l'avait décidé pour moi la veille.

La différence entre un système et une liste : une liste attend que tu regardes. Un système te pousse quand tu ne regardes pas.


La vraie automatisation n'est pas technique

Juin 2024. J'ai fait une erreur. J'ai voulu tout automatiser. Mes emails, mon calendrier, ma veille, mes publications, ma réponse aux messages. J'avais quinze zaps, trois scripts Python, et deux bots qui tournaient sur un serveur.

Ça a tenu trois semaines.

Un bot a répondu "super intéressant, merci" à un email de rupture de contrat. Un autre a publié un brouillon incomplet sur mon compte. J'ai passé trois jours à réparer ce que les automatisations avaient cassé.

J'ai compris quelque chose : automatiser l'exécution sans automatiser la décision, c'est confier une voiture à quelqu'un qui ne sait pas conduire.

La vraie automatisation, c'est de rendre les décisions évidentes avant l'action. Pas de remplacer l'action elle-même.


Comment je fonctionne maintenant

Je n'ai plus de to-do list.

J'ai des règles. Des horaires. Des déclencheurs.

Le matin, de 7h à 10h, je travaille sur la chose la plus importante du jour. Pas la plus urgente. La plus importante. Je sais laquelle c'est parce que je la choisis la veille au soir, quand je suis encore lucide. Le lendemain, je n'ai pas à décider. J'ouvre l'ordinateur et je fais.

Entre 10h et 12h, je traite les messages. Pas avant. Pas après. Deux heures. Quand le timer sonne, je ferme. Ce qui reste attend demain. Certaines personnes trouvent ça rude. Je trouve ça essentiel.

L'après-midi est réservé aux tâches récurrentes : contenu, code, appels. Chaque type de travail a son créneau. Je ne décide pas à 14h ce que je vais faire. C'est écrit avant.

Le soir, un script me demande trois questions : qu'est-ce qui a marché aujourd'hui ? Qu'est-ce qui bloque demain ? Quelle est la chose importante de demain ? Je réponds en cinq minutes. Le lendemain, le système tourne sans moi.


Le shift

Le problème n'a jamais été la to-do.

C'est l'illusion que plus tu organises, plus tu produis.

La productivité n'est pas une question d'organisation. C'est une question d'énergie dirigée. Et l'énergie se gaspille dans les micro-décisions. Quand faire. Comment commencer. Par quoi. Combien de temps.

Un système qui marche retire ces questions. Il les transforme en habitudes. En structures. En choses qui tournent quand tu dors.

Je ne gère plus mes tâches. Je gère mes règles. Les tâches se gèrent toutes seules.

Ce n'est pas parce que j'ai des machines qui pensent pour moi. C'est parce que j'ai arrêté de croire que ma volonté du matin était fiable.

Elle ne l'est pas.

Et accepter ça, c'est le début de la liberté.

— Ilyass

I

Ilyass BM

Bâtisseur de systèmes IA agentiques — ERPz, ASM, Oria.